OPUS, subst. masc.
A. −MUS. [Indication, suivie d'un numéro, utilisée pour désigner un morceau de
musique dans le catalogue de l'oeuvre complète d'un compositeur; abrév. op.] Beethoven, Fidelio, op. 72. La Viviane de Chausson, poème symphonique opus 5 (Du Bos, Journal, 1924, p.221).
B. −1. Opus citatum et, p. abrév., op. cit. [Formule utilisée pour
renvoyer à un ouvrage déjà cité] «(...) le droit restitutif (...) se rattache à un idéal collectif plus souple, admettant sa particularisation» (op.
cit., pp.33-209) (Traité sociol., 1968, p.178).
2. Opus laudatum et, p. abrév., op. laud. [Formule utilisée pour
renvoyer à un ouvrage déjà cité avec éloges] Le sabir franco-occitan que M. Brun décrit op. laud., pp.417-419 (J.
Séguy, Le Fr. parlé à Toulouse, 1978
[1950], p.7).
C. −ARCHÉOL., ARCHIT. [Suivi d'un qualificatif lat.; désigne le mode d'agencement
des matériaux dans une maçonnerie]
−
Opus antiquum ou incertum. Empilage de blocs irréguliers, de moellons bruts sur mortier.
Si on n'a que de la pierre dure ou demi-dure, on exécute les parements en maçonnerie brute, à opus incertum, avec les moellons qu'on trouve dans le pays
(Bricka, Cours ch. de fer, t.1, 1894,
p.132). La maçonnerie de moellons du parement extérieur avait été faite en opus incertum (Quinette de Rochemont, Trav. mar., t.1, 1900, p.112).
♦ P. anal. ,,Dallage à forme irrégulière disposé de façon à constituer un chemin au travers d'une pelouse``
(Bén.-Vaesk. Jard. 1981).
− Opus francigenum. Style de construction des architectes gothiques d'Île-de-France. Le véritable opus francigenum, (...) ce ne sont pas tant les anges de pierre de St-André-des-Champs que les petits Français, nobles, bourgeois ou paysans, au
visage sculpté avec cette délicatesse et cette franchise restées aussi traditionnelles qu'au porche fameux mais encore créatrices (Proust, Guermantes 2, 1921, p.409).
− Opus reticulatum. ,,Ouvrage dans lequel les pierres taillées carrément se présentent en losanges et donnent pour
lignes de jointure des diagonales`` (Noël 1968). L'opus reticulatum, ou de
riches appareils entremêlés de terre cuite, se développent sur [les premières] façades [latérales byzantines] (Lenoir, Archit. monast., 1852, p.274).
− Opus spicatum. Matériau formé d'éléments disposés obliquement, en épis (d'apr.
Perraud 1963).
Prononc. et Orth.: [ɔpys]. Plur. des opus. Étymol. et Hist. 1. 1852-56 archéol. «(accompagné d'un qualificatif lat.) désigne divers modes d'agencement des matériaux
dans une maçonnerie» opus reticulatum (Lenoir, loc. cit.); opus alexandrinum (Id.,
ibid., p.122); 1870 opus incertum (Mérimée, Ét. arts Moy. Âge, p.6); 2. 1832 mus. «(suivi d'un numéro) désigne une
composition dans l'oeuvre d'un musicien» le plus souvent sous la forme abrégée op. (Chopin, Mazurkas, op. 6 et 7 ds Hist. de la
mus., sous la dir. de Roland-Manuel, II, p.1657); cf. 1924 le trio op. 3 [de Chausson] (Du Bos, loc. cit.). Mot
lat. signifiant «ouvrage fait avec les mains, ouvrage militaire; ouvrage de l'esprit»; a servi dès le xvie s., en partic. en Italie, à désigner
une composition musicale, et à partir du xviie s. également en Allemagne, sa situation chronologique dans l'ensemble des oeuvres imprimées d'un
compositeur. D'abord réservée à la musique instrumentale (cf. en 1617 l'Affetti musicoli de Biagio Marini qui est l'Opus 1 de ses pièces instrumentales), cette
manière de dresser un catalogue thématique des oeuvres d'un compositeur, a été aussi utilisée pour des oeuvres vocales (cf. Le Roi des Aulnes de Schubert écrit en 1814 qui ouvre la
série des lieder avec le no d'opus 1, v. D. Fischer-Dieskau, Les Lieder de Schubert, tr. M.-Fr.
Demet, Paris, R. Laffont, p.193); ce n'est que depuis Beethoven [1770-1827] que la plupart des compositeurs marquent eux-mêmes d'un numéro d'opus leurs oeuvres essentielles, soit lors de leur
composition soit lors de leur publication (Mus. 1976). Fréq. abs. littér.: 267. Fréq. rel. littér.: xixe s.: a) 19, b) 71;
xxe s.: a) 1053, b) 446.